Introduction
Le kémitisme est un courant de pensée propre à l’Afrique, spécifiquement à l’Afrique noire. Le concept, de plus en plus connu du grand public, est surtout développé dans les cercles africanistes et panafricanistes ; ce courant est systématisé dans les milieux intellectuels tels que les universités et dans le cercle des adeptes des croyances traditionalistes. Les réseaux sociaux contribuent aujourd’hui à véhiculer et à amplifier ce courant. Le kémitisme porte en lui-même un combat noble qui est celui de la libération de l’Homme noir et de la volonté d’une réappropriation des valeurs que les ancêtres ont léguées comme la solidarité, la justice, le respect, l’hospitalité, la bravoure, l’ardeur au travail... Quelles sont les différentes articulations du kémitisme ? Quel est son contenu objectif et subjectif ?
I. Le kémitisme : quel est-il ?
Notre approche de ce qu’est le kémitisme reposera sur trois points : origine, identité, repli identitaire
1. L’origine du terme
a) L’Egypte antique
L’histoire du terme kémitisme nous renvoie à l’Egypte antique et son histoire prestigieuse.
En effet, les Égyptiens de l'Antiquité donnaient parfois à leur pays le nomde Kemet ou Kêmi. Les égyptologues traduisent généralement kemet par « terre noire ». Ils se réfèrent ainsi à la bande de terre rendue fertile par le limon noir déposé par la crue annuelle du Nil (fleuve), artère vitale de la civilisation de l'Égypte antique. Kemet s’oppose à decheret[1] qui est la « terre rouge » du désert, impropre à l'agriculture.
Rappelons que le Nil est considéré comme l’un des plus longs fleuves sinon le plus long fleuve du monde, qui s’étend sur 6671 km. Sénèque[2] disait ceci du Nil : Il est « le plus noble de ceux que la nature étale aux yeux de l'homme ». Il traverse six pays africains : le Burundi, le Rwanda, l'Ouganda, la Tanzanie, le Soudan et l'Egypte.
C'est grâce au Nil que la vie a prospéré dans une partie de l'Afrique de l'Est.
C’est grâce au Nil également que des civilisations parmi les plus prestigieuses de l'Histoire s'y sont développées, à commencer par la plus ancienne et la plus longue de toutes (trois millénaires) : l'Égypte des pharaons.
Trait d'union entre l'Afrique et le monde méditerranéen, voie de passage probable des Homo sapiens vers l'Eurasie, le bassin du Nil a vu naître aussi le premier État historique et accueilli quelques-uns des plus anciens royaumes de la chrétienté. Souvenons-nous de l’Eglise d’Alexandrie ou Eglise d’Egypte dont le fondateur serait l’évangéliste Marc en 62 après Jésus Christ.
b) Le kémitisme : exaltation de la noblesse et de la beauté africaine
Le kémitisme, formé à partir de kémit dont il tire son origine, s'inspire de la religion de l'Égypte antique.
Une autre approche stipule que les premiers habitants de l’Egypte actuelle se faisaient appelés « Kamit ».
Cette vision est défendue par Jean Philippe Omotundé[3], égyptologue et promoteur du kémitisme, dans son dernier ouvrage intitulé : « Qu’est-ce qu’êtreKamit(e) ». Selon lui, « Kem », « Kam » est à la base un verbe signifiant « être noir », « devenir noir ». Dans un sens plus large, «Kam» signifie encore « mener à son terme », « accomplir », « mener à bien », « la totalité de », « élever ».
A partir des définitions qui précèdent, Omotundé affirme que les ancêtres de l’Afrique n’avaient pas de complexes à se désigner « noirs», du moins Kamit qui valorisait même leur couleur de peau.
Le terme Kamit lui-même renfermerait le principe de l’excellence, à savoir accomplir une chose et bien l’accomplir. C’est dans ce sens-là qu’Omotundé définit le verbe « Kam » comme le fait de « devenir noir », mais aussi « être « complet », « être excellent, parfait », « être beau ».
Le terme « kam » pourrait éveiller en nous l’allusion au passage biblique où un fils de Noé « Cham » regarde la nudité de son père ivre de vin (Gn 9, 20-27) et qui est maudit ainsi que sa descendance par son père. De ce passage des idéologues pervers et pervertis valident ainsi bibliquement l’esclavage et la négrophobie. Désactivons rapidement une telle pensée dangereuse pour la fraternité universelle et rétablissons la vérité du passage biblique.
c) Déconstruction du terme « cham » pour justifier l’homophobie
Deux auteurs nous suffisent pour contredire la thèse homophobe, qui veut faire des Noirs, un peuple maudit sur la base de référence biblique.
Le premier auteur est Ibn Khaldoun, historien du XII° siècle, issue d’une famille andalouse (sud de l’Espagne) d’origine arabe. Ibn Khaldoun est considéré comme le « précurseur de la sociologie moderne ». Il atteste dans son ouvrage Prolégomènes (Al Muqqadima en arabe) de la diffusion d’une exégèse négrophobe de la « Malédiction (dite) de «Cham» : « Quelques généalogistes n’ayant aucune connaissance de l’histoire naturelle ont prétendu que les Nègres, race descendue de Cham, fils de Noé, reçurent pour caractère distinctif la noirceur de la peau, par suite de la malédiction dont leur ancêtre fut frappé par son père, et qui aurait eu pour résultat l’altération du teint de Cham et l’asservissement de sa postérité. Mais la malédiction de Noé contre son fils Cham se trouve rapportée dans le Pentateuque, et il n’y est fait aucune mention de la couleur noire. Noé déclare uniquement que les descendants de Cham seront esclaves des enfants de ses frères. L’opinion de ceux qui ont donné à Cham ce teint noir montre le peu d’attention qu’ils faisaient à la nature du chaud et du froid, et à l’influence que ces qualités exercent sur l’atmosphère et sur les animaux qui naissent dans ce milieu »[4].
Le second est l’un des chantres éminents du mouvement pour les droits civiques : Martin Luther King. Il affirme publiquement dans un de ses discours : « Je comprends qu’il y a des chrétiens parmi vous qui tentent de justifier la ségrégation sur la base de la Bible. Ils soutiennent que le Nègre est inférieur par nature à cause de la malédiction de Noé sur les enfants de Cham. Oh mes amis, c’est un blasphème. Ceci est contre tout ce que la religion chrétienne signifie. Je dois vous dire comme je l’ai dit à tant de chrétiens avant, que dans le Christ « il n’y a ni Juif ni Gentil, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme, car nous sommes tous un en Christ Jésus »[5].
Les termes étant ainsi clarifiés, revenons à l’Egypte antique qui est le berceau du kémitisme.
d) L’Egypte antique au IIIème millénaire avant Jésus Christ
A cette époque, les cités-Etats des régions voisines de l’Egypte, sont gouvernées par des rois dont le pouvoir est héréditaire. Pour gouverner, ces rois s’entourent de fonctionnaires qui savent lire et écrire : les scribes. Ces rois assurent l’ordre et réalisent les constructions nécessaires au bon fonctionnement de la cité : palais, temples, murailles, ports, etc. Certains d’entre eux lancent des campagnes militaires pour accroître leurs territoires. Mais en Egypte, il ne s’agit pas de cités-Etats, mais d’un Etat unique. En effet, vers 3100 avant Jésus Christ, le pharaon Narmer unifie l’Egypte et en fait un grand royaume. Le pharaon est considéré comme un dieu par les Egyptiens ; il dispose d’un pouvoir absolu et a droit de vie et de mort sur les citoyens. Il s’entoure de nombreux fonctionnaires sous ses ordres et qui l’aident à contrôler le pays :
- Le vizir est le premier fonctionnaire en dessous du roi : il dirige les fonctionnaires.
- Dans chaque province, les gouverneurs représentent le pharaon
- Les scribes jouent un rôle essentiel : ils accomplissent les différentes tâches administratives, tiennent les comptes et enregistrent les décisions.
e) Les écritures de l’Egypte antique
Trois systèmes d'écritures coexistent dans l'Égypte antique :
- Le plus ancien est celui des hiéroglyphes, apparu presque en même temps que l’écriture cunéiforme à la fin du 4emillénaire. Ses signes sont peints sur des murs ou sur des papyrus. L’écriture est utilisée comme un don des dieux. Le terme hiéroglyphe signifie « écriture sacrée ». Utilisé jusque dans les premiers siècles de l'ère chrétienne (la dernière inscription datée connue se trouve sur le temple de Philae et remonte à 394 après Jésus Christ), il possède un caractère monumental et sacré, et est souvent utilisé dans la pierre ou des matériaux précieux. Les signes hiéroglyphiques peuvent revêtir plusieurs fonctions : représentation d'une idée (idéogrammes), d'un son (phonogramme) ou d'un élément grammatical (déterminatif).
- Le hiératique, écriture cursive, dérive directement du système hiéroglyphique. Il permet une reproduction rapide du texte. C’est l’écriture de l’administration et des transactions commerciales, mais elle sert aussi à noter les textes littéraires, scientifiques et religieux. Réalisé d'abord au pinceau puis beaucoup plus tard à la plume et à l’encre, les signes hiératiques couvrent poteries, tablettes de bois, bandes de cuir ou tissus et surtout papyrus.
Cette écriture est appelée par les Grecs « hiératique » (de hieros, sacré, sacerdotal), à partir du 7esiècle avant Jésus Christ, pour la raison qu’à cette époque, le hiératique servait uniquement pour la transcription des textes sacrés. - C'est le démotique(écriture « populaire ») qui, à partir du 7e siècle avant Jésus Christ, remplace le hiératique dans les documents de la vie quotidienne (administratifs, juridiques, économiques), puis dans la littérature et les ouvrages scientifiques. Plus cursive et simplifiée, possédant des ligatures, elle se lit elle aussi de droite à gauche. La fameuse Pierre de Rosette, datant du 2e siècle avant J.-C., porte ainsi le même texte en hiéroglyphes, en démotique et en grec.
f) Le rôle de l’écriture
L’écriture remplit plusieurs fonctions essentielles :
- Elle a un rôle économique, car elle permet aux marchands de tenir des comptes, de faire des inventaires ou encore de rédiger des contrats.
- Elle est un instrument de pouvoir, car elle permet aux Etats de publier les lois et de les faire connaître à tous les habitants. Par exemple, le pharaon Ur-Nammu publie un code de lois (le plus ancien retrouvé en de jour) qui indique les sanctions encourues en cas de non-respect de la loi.
- Elle assure un rôle religieux puisqu’elle permet de transmettre les mythes et décorer les tombeaux.
- Enfin, elle permet aux personnes de communiquer à distance et offre à l’humanité une multitude de possibilités.
Ce rappel historique qui semble un détour de notre sujet, est important, car il permet de mettre en évidence le prestige de l’Egypte antique et partant l’immense renommée de toute l’Afrique noire en tant de berceau de plusieurs faits incontestables de la civilisation humaine. Le rayonnement de l’Egypte antique permet de contrer les clichés et les préjugés sur une Afrique sauvage, dépourvue d’histoire passionnante et objective. L’Afrique a été pionnière dans plusieurs domaines malheureusement tus probablement à dessein par des ambitions hégémoniques d’autres continents qui lui imposent sa férule humiliante.
L’approche définitionnelle du terme nous amène à nous interroger sur le contenu du kémitisme. Est-il une croyance religieuse ou une spiritualité ?
2. Le kémitisme : religion ou spiritualité ?
Nous prenons appui sur les points de vue de certains auteurs africains sur le kémitisme.
D’abord, les kémites vénèrent les divinités égyptiennes. Ils pratiquent la heka qui est la magie égyptienne. Robert K. Ritner, traitant de la religion dans l’Egypte ancienne, écrit, au sujet de la magie, ce qui suit : « Toute tentative pour comprendre le rôle et la fonction de la « magie » dans la religion égyptienne doit passer par l’examen de l’origine de Heka et de sa situation comme force au sein des cycles mythologiques relatifs à la création. Ils suivent également les lois de Maât ou l'ordre cosmique »[6].
En outre, BonyGuiblehon, enseignant-chercheur au département d’anthropologie et de sociologie de l’université de Bouaké et spécialiste des religions, définit le kémitisme comme un « mouvement spiritualiste qui promeut le retour aux ‘sources’, c’est-à-dire aux valeurs et croyances ancestrales comme seules conditions pour la renaissance de l’Afrique »[7].
C’est ainsi que le mouvement kémite rejette les religions abrahamiques, qu’il estime importées.
Du point de vue cultuel, l’écrivain malien DoumbiFakoly explicite la pensée kémite dès la présentation de son livre Introduction à la prière Négro-africaine[8]. Il écrit ceci : « Une prière inutile, dégradante et dangereuse est une prière que le Négro-Africain adresse à un Dieu qui n’a pas été révélé par ses Ancêtres, ainsi qu’à des Ancêtres et à des Génies tutélaires d’autres peuples. Aussi le Négro-Africain et la Négro-Africaine, sectateurs des Religions juive, chrétienne ou musulmane, perdent-ils un temps précieux à prier à tort et à travers ».
BonyGuiblehon affirme que les kémites qui rejettent les religions révélées « puisent paradoxalement leurs références autant dans la Bible que dans le Coran mais également aux divinités de l’Égypte antique ou encore aux rastafaris ».
A la lecture de ce qui précède, nous pouvons pertinemment nous poser la question suivante : le kémitisme serait-il alors une forme une religion ou du syncrétisme religieux ? Le kémitisme, dans sa quête d’originalité par le rejet, a tendance à se replier sur lui-même.
3. Le kémitisme : un repli de soi identitaire ?
Le sociologue sénégalais Abdou Khadr Sanogo estime, pour sa part que, « pour comprendre le kémétisme, il faut faire la différence entre mouvement culturel, secte, religion »[9]. D’après lui, le kémétisme « était, à la base, un mouvement culturel qui cherchait à prouver l’interdépendance entre les peuples noirs d’un point de vue idéologique, linguistique et culturel »[10].
Cette vision du kémétisme permet alors de l’assimiler au panafricanisme et même à la négritude. Cette approche idéologique, selon le chercheur, a évolué en repli sur soi identitaire et spirituel qui en a fait une « secte ».
De ce fait, de nos jours, le kémétisme regroupe « un ensemble de croyances et pratiques qui s’inspirent de la religion polythéiste de l’Égypte antique ». « C’est une forme de résistance aux religions monothéistes mais qui instrumentalise une fibre très sensible qui est celle identitaire »[11], affirme-t-il. C’est là que réside, selon ce penseur, le danger de ce mouvement. Sanogo affirme que « même, les politiques utilisent le registre identitaire du sentiment anticolonial pour que les populations adhèrent à leur cause »[12].
Son collègue ivoirien, le professeur BonyGuiblehon approuve, en soulignant, que ce courant est « à inscrire plus globalement dans le courant sociopolitique d’un afrocentrisme qui implique le rejet des différents colonialismes qui ont marqué l’histoire de l’Afrique, y comprend sur le plan culturel et religieux »[13].
Aux yeux de ces deux chercheurs, prôner le rejet de l’autre et de ses croyances dans un mode multiculturel marqué par de nombreux brassages, est une aporie. En effet, le professeur Bony fait remarquer que « se replier sur soi et revendiquer des croyances ancestrales dans un monde d’interdépendance et d’ouverture ne va certainement pas favoriser le développement du continent »[14].
Son collègue sénégalais ajoute que « le mieux, face à ce genre de groupuscules, qui utilisent la provocation pour se faire connaître, est de les ignorer ». C’est ainsi que le kémitisme n’est pas dans son idéologie, de critiques.
II. Quelques critiques sur les fondements du kémitisme
Le kémitisme prône, entre autres points focaux, le retour aux sources de l’Afrique, l’adoption d’une langue commune sur le continent africain, l’exaltation de la culture africaine et une forme de gouvernance propre à l’Afrique. Certains auteurs critiquent sans complaisance ces idées et invitent les kémites à l’autocritique.
1. Le retour aux racines de l’Afrique
Le kémitisme prône un retour aux racines qui semble être une quête de la culture africaine perdue par le contact avec l’Occident. Cette idéologie du retour aux sources se voudrait un combat contre tout ce qui reflète l’Occident et les souvenirs douloureux liés à l’esclavage et à la colonisation.
Les questions que l’on pourrait se poser sont les suivantes : la recherche légitime de l’identité propre devrait-elle s’opérer par le rejet de l’autre et de sa culture dans un univers multipolaire et culturel ?
De plus, la culture africaine que l’on voudrait idéaliser idéologiquement, est-elle exempte de déchets dont on devrait la débarrasser ?
Les kamites pensent que le retour aux sources doit nécessairement passer également par le rejet des langues du colonisateur, au profit d’une seule langue qui fédèrera toute l’Afrique.
2. La langue
Les kémites prônent de choisir parmi ces nombreuses langues d’Afrique Noire, une langue qui sera parlée par tous. Quelle illusion ! Une telle opération est vouée d’avance à l’échec. Béfoune affirme que cela est quasiment impossible. Et elle se justifie : « Les haines tribales sont connues de tous. Au sein même des groupes ethniques il existe différentes langues et des haines entre les sous-groupes. Quel sous-groupe sera prêt à se soumettre en acceptant d’adopter la langue de l’autre ? Qu’on se l’avoue ou non, adopter la langue de l’autre c’est accepter son ascendance sur nous »[15].
Nous savons que la langue est un support indispensable dans la communication interpersonnelle et dans les échanges intercontinentaux. Les illuminés du kémitisme rêvent d’une langue fédératrice de tous les peuples d’Afrique. Prôner l’adoption d’une seule langue pour l’Afrique multiculturelle et plurilingue relèverait de la pure utopie, de l’idéalisme béat.
Quelle langue choisir et quels mécanismes mettre en place pour que tous puissent l’apprendre ? Nous devons imaginer que cette langue fédératrice rêvée n’annulerait pas la multiplicité des autres langues. Déjà, si nous imaginons la quasi impossibilité d’uniformiser la multiplicité des langues ethniques dans un pays, qu’en sera-t-il à l’échelle d’un continent ? Et toute politique d’uniformisation linguistique n’induirait-elle pas une pauvreté culturelle ? Concernant la création d’une langue pour toute l’Afrique, Anne Marie Béfouneaffirme : « Pourquoi gaspiller du temps et des ressources pour créer une langue qui demanderait des années pour être codifiée, et encore plus d’années pour être apprise des populations ? Dans quelle optique ? Pour se sentir supérieur à qui et à quel prix ? »[16]. Une prétendue langue unificatrice comporte un danger d’isolement et de repli identitaire dans un contexte irréversible de mondialisation.
« L’adoption d’une langue inconnue par le continent serait le couper totalement de l’extérieur. Pensez-vous que le reste du monde sera prêt à apprendre une nouvelle langue pour converser avec l’Afrique ? Admettons qu’il y soit prêt. L’Afrique est-elle prête à accomplir toute la transformation nécessaire à l’adoption d’une nouvelle langue ? Après codification, rédaction de dictionnaires, de lexiques et de glossaires pour tous les domaines imaginables en ce bas monde, combien d’années prendrait la traduction officielle de tous les documents de tous les pays du continent, manuel scolaire inclus ? Étant donné que l’objectif est de ne plus converser dans la langue du colon, ne faisons pas les choses à moitié. Devra-t-on geler toutes les activités commerciales et autres en attendant que le reste du monde apprenne l’Africain ? »[17]
Pour elle, la langue dite des colons n’est plus leur apanage. Elle est désormais un héritage commun face à laquelle nous sommes à équidistance : « Les langues des colons ne devraient plus être considérées comme telles aujourd’hui. Nous nous les sommes appropriées et elles nous appartiennent autant qu’à ceux qui les ont créées. Elles sont un facteur de cohésion ».
Se détacher des puissances coloniales signifie-t-il renier toutes les avancées, repartir de rien au risque de créer un chaos qui nous engloutirait ? Befoune affirme que se détacher des puissances coloniales doit se limiter « au refus de l’ingérence, du paternalisme, des abus et du mépris. Le reste n’est que détail »[18].
Il est de bon ton que l’on cherche à valorisation son identité et sa culture, mais cela doit d’opérer sans excès ni passion, sans les instincts qui libèrent les émotions. Et nous savons que les émotions sont parfois le lieu de la subjectivisme aveuglant et assourdissant.
3. Idéalisation de la culture africaine
Une forme de fierté, voire d’orgueil identitaire pousse les kamites à surévaluer de façon consciente et inconsciente, la culture africaine. Hisser la culture africaine à perfection est un leurre. Comme toute culture qui est à l’image de l’homme, elle comporte des valeurs positives et des contre-valeurs qu’il faut travailler toujours à élaguer pour le bien des bénéficiaires. Les cultures africaines n’en font pas l’exception. D’ailleurs, grâce au dialogue des cultures, les cultures africaines ont pu se débarrasser de certaines de ses tares. Béfoune donne quelques exemples en guise d’illustration : « L’excision, le mariage précoce, la domination des hommes, la marginalisation des femmes, la non prise en compte des droits de l’enfant » ; et j’ajoute « le recours aux fétiches, la référence constante au monde occulte pour faire du mal, pour se venger, pour assouvir la jalousie contre la prospérité, la richesse et le bonheur de son voisin », sont autant d’insuffisances non exhaustives tristement présentes dans les cultures africaines. D’une manière cinglante, Béfoune affirme que « tous ces fléaux font partie de nos cultures, et c’est grâce au contact avec le reste du monde que nous nous sommes rendus compte de leur barbarie. Que faut-il donc faire ? Réinstaurer la moitié de nos cultures et rejeter le reste comme nous le dicte “le style occidental” dont nous voulons nous couper ? Recommencerons-nous à charcuter nos filles et bastonner nos femmes pour montrer au monde que nous sommes libres de toute autorité ? »[19]
Le slogan populiste qui prône à tue-tête : « L’Afrique aux Africains, alors qu’en réalité l’Afrique est rejetée par les Africains », affirme-t-elle, mène à une impasse. Dans le domaine de culture littéraire par exemple, « les auteurs Africains sont plus lus ailleurs qu’en Afrique ». Cela pourrait signifier que l’Afrique est plus connue à l’extérieur qu’à l’intérieur grâce à l’intérêt porté aux auteurs africains.
La langue n’est pas la seule réalité qui pourrait confondre le kémitisme à ses propres contradictions internes. Le domaine de la politique et la gouvernance qui l’accompagne pourraient dévoiler les limites idéologiques du kémitisme.
4. La gouvernance politique
Sur le plan de la gouvernance politique, les ardents défenseurs du retour aux sources sont ceux pourtant qui défendent largement les modèles de gouvernance hérités de la colonisation : la démocratie. Une cohérence d’approche aurait voulu que l’on se batte pour une gouvernance monarchique largement appliquée en Afrique. Dans la même veine, Béfoune questionne pertinemment le kémitisme : « En termes de gouvernance, nos modèles ancestraux sont les royaumes et les chefferies. Sommes-nous prêts à retourner vers un mode de gouvernance par “l’élu de Dieu”, un chanceux qui se retrouvera au pouvoir et nous imposera sa descendance à notre tête jusqu’à la fin des temps ou jusqu’à ce que l’alternance naisse du miracle d’une guerre… qui à son tour nous imposera un nouvel élu de Dieu ? »[20]
Ce questionnement paraît en même temps une mise à nu de la contradiction interne enveloppant le kémitisme qui semble se livrer à une forme d’équilibrisme. Face à ce deux poids deux mesures, au regard de cette justice à géométrie variable assumée par les promoteurs du kémitisme, qui savent admettre et intégrer ou rejeter ce qu’ils jugent être les bonnes valeurs dans leur démarche d’exalter l’identité africaine, Béfoune invite à déconstruire l’idéologie kémite et à assumer sans complexe ce qu’elle appelle notre patrimoine commun qui n’est plus le monopole d’acteurs d’une histoire passée à la mémoire douloureuse.
Elle écrit en effet : « Nous avancerons quand nous aurons accepté et avoué au grand jour que nous sommes fascinés par l’Occident et tout ce qu’il nous offre. Nous avancerons quand nous aurons accepté que le colon a fait beaucoup de mal, mais que nous avons pu tirer notre épingle du jeu en faisant nôtre ce qui au départ était signe de domination. Nous avancerons quand nous cesserons d’être des êtres hybrides qui prétendent vouloir retourner vers un passé dont ils combattent les réalités au quotidien. Réfléchir au passé dans l’optique de le reproduire n’est que gaspillage d’énergie. Limitons-nous aux leçons que nous pouvons en tirer.
Nous faisons face à des situations aujourd’hui qui ne sont pas à notre avantage (gestion des ententes commerciales, bases militaires étrangères implantées à travers le continent, ingérence considérée comme négative uniquement lorsqu’elle n’est pas le résultat de nos supplications…). Partons de l’existant pour avancer d’une meilleure manière. Reculer pour mieux sauter n’est pas une option lorsque le résultat n’est pas prévisible et l’avenir d’un continent tout entier est en jeu. Ce n’est pas une option lorsque nos paroles acclament le passé tandis que nos actes prouvent notre attachement pour le présent »[21].
III. Synthèse des idées force du kémitisme
Nous résumons brièvement ici les idées phares du kémitisme qui partage des traits communs avec la négritude et l’africanisme. Leur fond commun est la promotion de la dignité de l’Homme noir, jadis bafouée par l’histoire condamnable de l’esclavage et de la colonisation.
1. La libération de l’Homme noir de l’impérialisme occidental
L’esclavage et la colonisation sont des égarements et des blessures dont les traumatismes restent profondément ancrés dans le psychisme de l’Homme noir par la force de la transmission de la cette mémoire sombre. Somme toute, un travail de guérison est à poursuivre. Mais cela ne se réalisera pas si l’on est dans une dynamique de transmission du poison de la revange ou de la vengeance qui pousse aux guerres fratricides.
2. La valorisation de la culture africaine
L’engagement pour le respect de l’Homme quelle que soit la couleur de sa peau ou sa provenance géographique, est un combat dont la noblesse est incontestable. Ainsi, le kémitisme mène un travail de fond admirable, mais dont les moyens pour atteindre la finalité pourraient être contestables.
3. L’invention d’une langue fédératrice de tous les pays africains
A cette prétention du kémitisme, Béfoune avait répondu par des arguments dont la pertinence est sans équivoque. Il nous suffit d’y recourir pour nous remémorer l’idéalisme d’une telle prétention, et l’échec programmé qui s’y rattache.
IV. Incompatibilité entre kémitisme et christianisme
1. Le rejet de la culture de l’autre
La passion de valoriser la culture africaine qui est un sentiment à priori noble, conduit à une forme de rejet sans discernement de la culture occidentale. Construire sur le rejet de l’autre est source de divisions et de conflits. La relation interpersonnelle ou intercontinentale est marquée par la réciprocité qui permet les échanges où l’on donne à autrui et où l’on reçoit de lui. L’humanité est l’ensemble des hommes et des femmes dont il faut respecter les provenances et les spécificités. L’esclavage, la domination, l’exploitation des puissants contre les faibles doivent toujours être combattus par une sagesse qui bannit la violence, la haine et la vengeance. Mais, nous devons veiller à ce que les erreurs du passé, certes regrettables, ne soient pas une cause d’homophobie qui est un nouvel esclavage mental, dégradant le visage du monde et ralentissant dangereusement sa marche vers son accomplissement en Jésus, Médiateur et Rédempteur, dans une perspective chrétienne.
Par ailleurs, tous les habitants de l’Afrique doivent travailler à se purifier de la corruption, de la concussion, de la gabegie vis-à-vis du bien commun, des guerres ethniques et tribales, de la manipulation des faibles à des fins politiques, des pseudo-démocraties qui semblent etc. Avant d’incriminer les acteurs de la colonisation, l’Afrique doit se débarrasser de son néocolonialisme à l’interne sous toutes des formes qui plombent son développement. Dans la vertu, l’Afrique noire particulièrement, avec toutes ses ressources humaine, matérielle et spirituelle pourrait être une vitrine fiable et admirable pour les autres continents que les kémites ont tendance à rejeter. N’est-il pas connu en Afrique qu’il faut d’abord balayer devant sa propre case ?
2. Le syncrétisme
Le kémitisme est un mélange de plusieurs religions dans lesquelles il puise pour se forger sa propre croyance et ses rites cultuels. En effet, le judaïsme, le christianisme et l’islam sont des religions dans lesquelles le kémitisme puise pour bâtir ses propres croyances. Dans une vision chrétienne, le syncrétisme est une porte d’entrée de toutes les dérives spirituelles capables d’enchaîner l’Homme que le Christ a libéré par sa mort et sa résurrection. Il est une porte ouverte par laquelle les puissances du Mal entrent pour semer le désordre dans la vie personnelle des enfants de Dieu et créer la zizanie dans leur vivre-ensemble.
Par ailleurs, le kémitisme intègre dans ses rites, les sacrifices d’animaux offerts aux ancêtres, à des esprits bienfaisants et malfaisants à travers des intentions que l’adepte leur adresse.
Enfin, les adeptes du kémitisme, trouve que les autres religions sur le sol africain sont étrangères et même étranges aux Africains qui doivent purement et simplement les rejeter pour retrouver leur authenticité. Le christianisme par exemple est rattaché à la colonisation ; par conséquent, elle est un poison contre la pureté des esprits, une intoxication contre l’innocence des consciences, une fossoyeuse des croyances originelles qui font l’âme de l’Afrique.
3. Le recours à la magie
Tandis que le christianisme rejette, par exemple la magie, le kémitisme y recourt comme une valeur culturelle et cultuelle.
La foi chrétienne est incompatible avec la magie. Le Christ Jésus est l’Unique Sauveur du visible et de l’invisible, le seul médiateur entre Dieu et les hommes (1 Tm 2, 5). Le recours aux forces occultes est en contradiction avec la foi chrétienne, car le disciple de Jésus lui est configuré par la grâce baptismale qui fait de sa vie un don total à Dieu. Il ne convient donc plus qu’il retourne à ses vieilles chaînes dont il a été libéré par la Croix du Christ.
De plus, le port des amulettes, les rites sacrificiels, les pactes, etc. pour se mettre sous les bonnes grâces d’une entité ou d’un esprit tutélaire, est incompatible avec la foi chrétienne qui confesse le Dieu de Jésus-Christ comme l’unique protecteur de tout être humain.
Du fait de certains de ses choix assumés susmentionnés et non conformes à la vision chrétienne, le christianisme pourrait-elle vivre un dialogue fructueux avec le kémitisme ? Un dialogue est sans nul doute possible, mais les fruits d’un tel dialogue relèveraient du secret de la Providence divine.
4. Le rejet du christianisme
Le christianisme doit donc être chassé hors de l’Afrique Noire.
Les kémites ou les kamites considèrent le christianisme comme une religion de l’Occident, donc un véhicule, un vecteur de de la domination du colonisateur. Le christianisme est indexé comme l’une des causes du sous-développement de l’Afrique, un fossoyeur de la culture et de la religion léguées par les ancêtres. Il est effectivement difficile de distinguer, dans l’histoire de la colonisation de l’Afrique, christianisme et colonialisme, dans la mesure où des complicités malveillantes sont indéniables et non pas toujours servies la cause de l’Afrique.
Le kamitisme considère le christianisme comme une anesthésie des valeurs et des cultures africaines. C’est ainsi qu’ilsfont un faux procès contre la Parole de Dieu dont certains passages tirés à dessein de leur contexte sont indexés. La bible exalte la pauvreté : « Heureux les pauvres de cœur, le royaume des cieux est à eux » (Mt 5, 3-12).
« Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu » (Mt 19, 24).
La Bible est une puissante anesthésie les consciences, qui empêche la lutte libératrice des peuples africains.
Nous n’allons pas nous déchaîner contre ceux qui semblent ignorer l’histoire du christianisme qui n’a pas ses origines en Occident, mais en Orient. Nous n’allons pas tirer à boulet rouge sur ceux qui semblent ignorer que l’Afrique Noire comme Blanche n’a pas été chrétienne par la colonisation, mais que sa foi lui a été donnée d’En-Haut depuis les débuts de l’incarnation du Verbe de Dieu : fuite en Egypte de la Sainte Famille – et après la résurrection de son Seigneur Jésus Christ : don de l’Esprit Saint qui marque l’origine de l’Eglise à la Pentecôte – et tout au long de son évangélisation : l’histoire chrétienne de l’Afrique du Nord et d’ailleurs (Tunisie, Algérie, Maroc, Egypte, Ethiopie…)
Les kamites fanatisés travaillent contre le christianisme, ignorant à dessein ou non toutes ses valeurs et ses énormes avantages qui ont indéniablement contribué à structurer l’Afrique et à promouvoir sa culture et à la purifier dans le même temps de ses tares.
Grâce au christianisme, l’écriture dans les langues locales africaines, a été promue (alphabétisation).
Dans le cas du Burkina, concernant la culture, les efforts d’inculturation en liturgie, dans le langage théologique (Eglise Famille de Dieu en 1977) et les réflexions autour du processus d’inculturation montrent la volonté affichée de l’Eglise d’évangéliser l’Homme africain dans sa culture. Grâce à l’Eglise, l’Afrique a bénéficié et bénéficie encore de l’éducation scolaire (Ecoles et Universités), des soins médicaux grâce aux centres de soins et des hôpitaux, de la prise en charge et de l’accompagnement des personnes vulnérables (via Paroisses - Caritas – OCADES – Fondations – congrégations religieuses – structures et mouvements, individus agissant par la foi…).
Le christianisme est un éminent promoteur de la dignité humaine.
L’Europe a bien inculturé les valeurs du christianisme et a ainsi assuré son développement intégral, même si l’oubli des racines chrétiennes tirent beaucoup de pays occidentaux vers le bas.
Du côté de l’Asie, la Corée du sud où le christianisme est la principale religion devançant ainsi le bouddhisme, est un exemple éclairant du christianisme comme moteur puissant de développement.
Tout compte fait, le christianisme ne cessera jamais d’interroger nos cultures et nos diverses croyances à la lumière de la Révélation qui est une œuvre trinitaire et dont la puissance infuse au-delà des idéologies humaines. La Parole de Dieu restera toujours une jauge des éléments de nos cultures, un tamis pour nos croyances, afin d’aider à l’exaltation de leurs valeurs et à l’éradication de leurs contre-valeurs.
5. La croix kémite
La croix kémite ne se distingue pas à première vue de la croix chrétienne pour un non initié. La croix kémite est la croix Égyptienne ou l'Ankh. L’Ank est un hiéroglyphe constitué d'une longue barre verticale, d'une plus petite barre horizontale et d'un ovale à leur intersection. Présentant la forme d'une croix latine, l'Ankh se démarque par son anneau à la place de la barre verticale du haut.
Cette croix renferme un symbolisme à plusieurs facettes et à signification multiple.
La croix kémite nous rappelle que les apparences sont trompeuses et que tout ce qui brille n’est pas de l’or.
6. Interpellations pastorales du kamitisme
Les interpellations ci-après partent de la nécessité des chrétiens catholiques de dialoguer et de communiquer avec leur milieu et le monde.
- Sur le thème du Kamétisme : utilité d’une diffusion ou vulgarisation. Quels moyens et espaces ? : mobiliser des personnes pour des émissions (télé-radio, réseaux sociaux) – paroisses
- Sortir une plaquette sur le thème, au niveau diocésain ou/et national
- Dans les séminaires petits et grands : introduire certains curricula dans le programme pédagogique.
- La commission diocésaine, mise en place doit être dotée de moyens minimum pour son bon fonctionnement : secrétariat permanent par exemple
- Créer une vitrine comme un site avec des répondants spécialistes en de multiples domaines, pour traiter des thématiques diverses, répondre à certaines questions et éclairer les fidèles du Christ sur des sujets de l’heure…
- Pour les pasteurs : nécessité d’être en alerte face aux nouvelles problématiques qui surgissent et qui iront en s’accentuant avec la mondialisation dont les canaux de diffusion ou de de propagande, sont principalement les réseaux sociaux !
- Nécessité d’une connaissance approfondie de nos cultures dans des domaines clés qui englobent les deux extrémités de l’existence : la vie et la mort, avec tous les éléments qui y gravitent tels que la naissance, la protection, le mariage, la mort, l’au-delà… compris et vécus dans les cultures africaines de notre terroir
- Nécessité de la formation permanente des pasteurs et des fidèles laïcs du Christ. En la matière, des offres existent certes.
- La question est la suivante : sont-elles pertinentes, diversifiées et suffisantes ? Si oui ? quelles stratégies imaginer pour accrocher, intéresser le public cible ? Si non, comment travailler à combler le manque à gagner et à capitaliser le nouveau patrimoine et à le dynamiser en permanence ?
Quelques questionnements qui pourraient donner à réfléchir, qui pourraient être enrichis et surtout qui devraient être mis à exécution pour une foi plus forte, car bien alimentée et toujours renouvelée dans son souffle.
Conclusion
Le kémitisme est une dialectique à laquelle recours les défenseurs de la promotion de l’identité de l’Homme africain, de sa culture et de ses valeurs. Il allie pensée et action dans sa quête de la libération de l’Afrique. Le combat qu’il mène partage des traits communs avec l’africanisme et la négritude. En tant que courant de pensée, le kémitisme ambitionne une formation des esprits et des mentalités des Africains, afin qu’ils se comportent sans gêne et vivent de façon décomplexée, qu’ils prennent en main leur destin dans un monde de compétition farouche où les dominateurs d’antan veulent toujours exercer leur férule aux dominés d’hier. En invitant à puiser aux sources de la sagesse et des richesses culturelles multiformes de l’Afrique, le kémitisme voudrait contribuer en définitive au développement intégral des Africains qu’il trouve bien à la traîne. Le kémitisme croit fermement que le fait de regarder comment ont vécu les ancêtres pourrait être une boussole ; mais, à condition que ce regard soit critique et sans complaisance. La quête d’authenticité pour l’Afrique est louable et devrait être encouragée. Cependant, c’est une illusion que croire que l’Afrique pourrait se développer dans un repli identitaire ou dans une vie en vase clos. Il est de nécessité que l’Afrique communique avec les autres continents, se frotte à d’autres cultures, s’inspire d’autres valeurs dans une vraie réciprocité. Telle est l’appel réaliste de notre monde marqué par la mondialisation à laquelle aucune partie du globe ne peut se soustraire. Je termine par cette pensée deKwamé Nkrumah : « Je suis africain, non pas parce que je suis né en Afrique, mais parce que l’Afrique est née en moi ».
Quelques notions utiles
1. Héka dans l’Egypte ancienne ?
Héka est le dieu de la magie et de la médecine dans l'Égypte ancienne et est également la personnification de la magie. Il est probablement le dieu le plus important de la mythologie égyptienne, mais il est souvent négligé parce que sa présence était si omniprésente qu'il était presque invisible pour les égyptologues des XIXe et XXe siècles. Contrairement aux célèbres Osiris et Isis, Héka ne faisait l'objet d'aucun culte, d'aucune adoration rituelle et d'aucun temple (sauf pendant la dernière période de l'Égypte ancienne, de 525 à 323 avant Jésus Christ). Il est mentionné principalement dans des textes médicaux, des formules magiques et des incantations et, pour cette raison, il était relégué dans le domaine de la superstition plutôt que dans celui de la croyance religieuse. Bien qu'il ne figure pas nommément dans les mythes les plus connus, il était considéré par les Égyptiens de l'Antiquité comme le pouvoir derrière les dieux dont les noms et les histoires sont devenus synonymes de la culture égyptienne. La magie était considérée comme présente à la naissance de la création - elle était, en fait, la force opérante de l'acte créateur - et Héka figure donc parmi les plus anciens dieux d'Égypte, reconnu dès la période prédynastique en Égypte (c. 6000 - c. 3150 av. J.-C.) et apparaissant dans des inscriptions au début de la période dynastique (c. 3150 - 2613 av. J.-C.).
Il était représenté sous une forme anthropomorphique, sous la forme d'un homme vêtu d'un costume royal portant la barbe royale incurvée des dieux et portant un bâton entrelacé de deux serpents. Ce symbole, associé à l'origine au dieu guérisseur Ninazu de Sumer (fils de la déesse Gula), fut adopté pour Héka et voyagea en Grèce où il fut associé à leur dieu guérisseur Asclépios, et est aujourd'hui le caducée[22], symbole de la profession médicale. Héka est aussi parfois représenté sous les traits des deux dieux qui lui sont le plus étroitement liés, Sia et Hou et, à partir de la période tardive (525-332 av. J.-C.), il est représenté comme un enfant et, en même temps, il est vu comme le fils de Menhet et de Khnum dans le cadre de la triade de Latopolis.
On le voit fréquemment dans les textes et inscriptions funéraires guidant l'âme du défunt vers l'au-delà et il est souvent mentionné dans les textes médicaux et les formules magiques.
Les Textes des Pyramides et les Textes des Sarcophages revendiquent tous deux Héka comme leur autorité (le dieu dont le pouvoir rend les textes vrais) et, selon l'égyptologue Richard H. Wilkinson, "il était considéré comme un dieu au pouvoir inestimable" qui était craint par les autres dieux.
Bien qu'il ne figure pas nommément dans les mythes les plus connus, il était considéré par les anciens égyptiens comme le pouvoir derrière les dieux dont les noms et les histoires sont devenus synonymes de la culture égyptienne. Héka désigne la divinité, le concept et la pratique de la magie. Comme la magie était un aspect important de la pratique médicale, un médecin invoquait Héka afin de pratiquer le heka. L'univers avait été créé et avait pris forme par des moyens magiques, et la magie soutenait à la fois le monde visible et invisible. On pensait que Héka était présent lors de la création et qu'il était le pouvoir génératif dans lequel les dieux puisaient pour créer la vie.
Dans les Textes des Sarcophages (écrits vers 2134-2040 av. J.-C.), le dieu s'adresse directement à lui en disant : "À moi appartenait l'univers avant que vous, les dieux, n'ayez vu le jour. Vous êtes venus après parce que je suis Héka" (Spell, 261). Héka n'avait donc pas de parents, pas d'origine, il avait toujours existé. Pour les êtres humains, il trouve son expression dans le cœur et la langue, représentés par deux autres dieux, Sia et Hou. Héka, Sia et Hou étaient responsables de la création ainsi que de l'entretien du monde et de la régulation de la naissance, de la vie et de la mort des humains.
Créateur, soutien et protecteur
Au début des temps, le dieu Atoum émergea des eaux tourbillonnantes du chaos pour se tenir sur la première terre ferme, le benben primordial, afin de commencer l'acte de création. On pense que Héka était avec lui à ce moment-là et qu'il puisa dans son pouvoir. Wilkinson écrit :
Pour les Égyptiens, le heka ou "magie" était une force divine qui existait dans l'univers comme la "puissance" ou la "force" et qui pouvait être personnifiée sous la forme du dieu Héka... son nom s'explique donc comme "la première œuvre". La magie donnait du pouvoir à tous les dieux et Héka était également un dieu du pouvoir dont le nom était lié à cette signification à partir de la 20e dynastie en étant écrit de façon emblématique avec le hiéroglyphe pour "pouvoir", bien qu'à l'origine le nom du dieu ait pu signifier "celui qui consacre le ka" et qu'il soit appelé "Seigneur du Kas" dans les Textes des Sarcophages. (110)
Le ka était l'une des neuf parties de l'âme (le moi astral) et était lié au ba (l'aspect oiseau à tête humaine de l'âme qui pouvait voyager entre la terre et le ciel) qui, à la mort, se transformait en akh (l'âme immortelle).
Héka était donc à l'origine la divinité qui veillait sur l'âme, lui donnait de la puissance, de l'énergie, et lui permettait de s'élever dans la mort vers l'au-delà. En raison de ses pouvoirs protecteurs, on lui accordait une place de choix dans la barque du dieu Soleil qui traversait les enfers la nuit.
2. LA CROIX ANKH
La présentation de la croix ankh s’inspire du travail élaboré par Marie Perret, astrologue.
a) ORIGINE DU ANKH
La croix de vie est l’un des symboles sacrés les plus anciens au monde. Il est alors très difficile de retracer son origine. Les données restent jusqu’à ce jour insuffisantes pour préciser la date et le lieu exact de sa première apparition.
Certaines recherches révèlent que les Égyptiens ont commencé à l’utiliser depuis bien longtemps, soit vers 3150 à 2613 avant J.-C. À cette période, la croix ansée a été intégrée dans les cérémonies rituelles en tant que talisman protecteur.
Le symbole spirituel et ésotérique a été dessinée sur les murs des temples, les stèles ou les statues ou les frises. Les forgerons ont également taillé des miroirs sous forme de croix de vie.
Selon l’histoire,le Ankh aurait été l’origine d’une croix chrétienne appelée "CruxAnsata" dont le nom signifie "croix avec un manche" ou "croix ansée".
En effet, les croyants égyptiens auraient aperçu le symbole Ankh à l’intérieur du temple du dieu Sarapis lors de sa destruction. Plus tard, ils ont adopté une version presque identique et ils l’utilisent en général pour célébrer la victoire de la vie contre la mort.
b) COMPRENDRE LE SYMBOLE ÉGYPTIEN CROIX DE VIE
Dans la culture égyptienne, le symbole Ankh est avant tout un hiéroglyphe sous forme de T (tau). Il possède à peu près la même structure qu’une croix latine.
La croix de vie ou croix ansée se constitue d’abord d’une boucle qui se forme comme une goutte d’eau, puis d’une petite lame horizontale et enfin d’une longue barre verticale. Selon sa signification spirituelle, chacun de ces éléments représente plusieurs schémas contradictoires.
La boucle peut ainsi symboliser l’infini ou le soleil qui est le royaume du dieu Ra. Elle reflète l’image de l’astre solaire qui se repose sur l’axe de l’horizon. Elle incarne le monde céleste, la demeure des esprits des dieux.
Quant à la barre horizontale, les égyptologues l’associent souvent à notre monde et celui des divinités. Pour terminer, la barre verticale montre la trajectoire du soleil. L’astre s’élève puis redescend après.
La croix Ankh est souvent aperçue sur les représentations de plusieurs divinités de la mythologie égyptienne.
Elle est soit dessinée près de la bouche, soit du nez. L’image évoque donc une personne qui insuffle la vie.
Ce symbole apparaît en général sur la représentation de la déesse Isis, la déesse de la vérité Maât, le dieu du soleil Atoum ou la déesse guerrière Sekhmet.
c) SIGNIFICATION SPIRITUELLE DU ANKH
La croix de vie occupe une place importante dans la culture de l’Égypte antique. Son utilisation se reflète ainsi dans diverses facettes de la vie au quotidien. C’est pourquoi ce symbole possède plusieurs significations pour les peuples qui vivent à cette époque.
- LE ANKH SIGNIFIE LA VIE
Le terme ânkh ou anokh signifie en égyptien la vie. Pour les peuples des pharaons, la croix de vie ou la croix ansée symbolise en effet la vie, et ce, dans toutes les facettes.
Il faut souligner que dans la civilisation égyptienne, la vie est comme une bénédiction et qu’il faut l’apprécier. Les Égyptiens sont alors très reconnaissants envers les divinités.
De ce fait, la mort les obsédait puisqu’elle marque la fin de ce précieux cadeau, d’où la célébration des cérémonies mortuaires codifiées, la création de tombeaux gigantesques ou la momification des défunts.
- LA CROIX DE VIE REPRÉSENTE L’UNION ET L’ÉQUILIBRE
En tenant compte de sa forme qui ressemble à l’organe de reproduction féminin et masculin, ce symbole égyptien représente l’union des forces contradictoire comme la relation entre la femme et l’homme.
La figure ovale évoque l’utérus et la croix est le symbolique du phallus. Le Ankh incarne l’équilibre énergétique et l’harmonie du monde.
Il existe également d’autres exemples comme le ciel et la terre, le haut et le bas, le chaud et le froid, l’actif et le passif, l’abstrait et le concret, etc. À travers cette interprétation, ce symbole ressemble au yin et yang de la culture chinoise puisqu’il véhicule le même message.
Selon certains experts, la croix de vie fait allusion à la relation entre les deux dieux égyptiens Osiris et Isis. Associées aux rites mortuaires, ces divinités égyptiennes sont l’incarnation parfaite de l’union sacrée.
Après que Osiris a été tué par le dieu Seth, sa femme Isis a rassemblé ses restes pour lui redonner vie. Les deux se sont après accouplés pour donner naissance à Horus, le personnage qui va plus tard vaincre Seth.
- LE ANKH REPRÉSENTE LA FERTILITÉ ET L’ABONDANCE
Comme elle symbolise l’union entre la femme et l’homme, la croix de vie évoque la fertilité. Dans le dictionnaire des hiéroglyphes, le mot Ankh peut avoir une signification « graine de vie » lorsqu’il est associé avec d’autres caractères.
Cette interprétation se reflète également à travers l’acte de la divinité Isis face à la mort de son époux Osiris. Il est alors possible de traduire ce symbole comme la victoire de la vie sur la mort.
- LA CROIX ANSÉE SIGNIFIE LA VIE ÉTERNELLE
Pour les peuples de l’Égypte antique, la croix ansée est considérée comme la clé vers l’au-delà. Selon leur croyance, elle guide les défunts rois lors du passage vers l’autre-monde afin que leur âme puisse rejoindre la vie éternelle ou le Noun.
Cet endroit est l’Océan primordial qui est la source ou l’origine de tout. Ce symbole reflète ainsi l’éternel combat du dieu du soleil Rê.
Ce dernier règne depuis la nuit des temps sur l’astre solaire et affronte chaque nuit les forces du chaos. À chaque fois, il ressort victorieux grâce au symbole Ankh qu’il tient dans sa main.
- LE ANKH MIROIR DE SOI-MÊME
Lors des fouilles, les égyptologues ont retrouvé des miroirs en forme de croix de vie. Pour les Égyptiens du temps des pharaons, ces objets ont des propriétés magiques et de puissants pouvoirs.
Ils sont utilisés à des fins de spiritisme afin d’établir la communication avec les défunts. En d’autres termes, le symbole Ankh apporte également une grande aide pour la quête personnelle. La partie ovale reflète d’ailleurs le troisième œil qui est l’œil de la conscience universelle.
Les miroirs avec cette croix permettent ainsi de faire un travail d’introspection. Que ce soit pour une observation spirituelle ou la recherche de vérité intérieure, tout le monde peut avoir ces types de miroirs, y compris les prêtres ou le pharaon.
- LA CROIX DE VIE EST UN SYMBOLE DE POUVOIR ET DE RESPECT
La croix de vie est l’attribut des pharaons et ceux-ci l’utilisent pour asseoir leur autorité. Très souvent, ces rois la portent par la boucle avec les bras croisés sur la poitrine.
Les Égyptiens considèrent également ce symbole comme signe de respect envers l’âme des défunts. C’est pourquoi, il est possible de trouver la gravure de la croix ansée sur les tombes, les statues, les temples, etc.
3. POUVOIRS DE LA CROIX DE VIE
De nos jours, la croix de vie devient de plus en plus populaire dans les pays occidentaux. Elle possède une double facette puisqu’elle est à la fois considérée comme un art décoratif et un talisman avec une forte signification spirituelle.
Certaines personnes l’apprécient particulièrement grâce à son côté esthétique. Elles l’utilisent alors en tant que bijou ou l’intègrent dans leurs tatouages. Il existe également une catégorie d'artistes qui le dessine sur des fresques urbaines, des vêtements ou des livres.
Ce symbole peut ainsi avoir plusieurs formes, allant de plus simple jusqu’au plus sophistiqué. Il possède une grande notoriété dans divers domaines puisqu’il peut attirer autant les gens ordinaires que les stars ou les personnages importants.
Il peut également intéresser les personnes qui connaissent ou non sa valeur et sa signification exacte.
Pour d’autres personnes, la croix ansée est loin d’être une simple figure décorative. Elle représente toujours les valeurs que les peuples de l’Égypte antique vénèrent. Elle reste pour cette catégorie de gens une figure ésotérique importante et pleine de sens.
Elle est toujours considérée comme source d’équilibre et d’harmonie entre les forces contradictoires, une passerelle entre le monde des vivants et des morts, etc. Ce symbole possède ainsi une grande valeur pour les communautés qui s’intéressent aux religions de l’Égypte ancienne. C’est pourquoi il est souvent associé à l’image de la religion de Kemet, un mouvement religieux qui prône aujourd’hui les croyances des peuples de pharaons. Les adeptes du style new age ainsi que les néo-païens l'utilisent également comme symbole de la vie ou de la sagesse.
4. BIENFAITS ET VERTUS DU SYMBOLE ANKH
Comme elle représente l’harmonie et l’équilibre entre les forces opposées, la croix de vie pourrait apporter la paix à la personne qui l’évoque ou la porte. Elle apaise ainsi les conflits intérieurs.
Pour les adeptes de la religion de l’Égypte antique, ce symbole est considéré comme une amulette ou un talisman protecteur. Il est comme un bouclier de protection. C’est dans ce sens que les Égyptiens portaient cette croix autour du cou ou l’accrochaient dans leur foyer.
Ces gens façonnaient également des miroirs sous forme de croix ansée. Le symbole permet alors à la personne qui l’utilise d’observer la lumière intérieure sacrée qui se trouve au plus profond de son être. (https://esoterique-paris.com/blogs/esoterisme/ankh-croix-de-vie-signification).
Abbé Justin ZANGRE
[1] Le mot decher signifiant « rouge » en égyptien hiéroglyphique, decheret est donc « la Rouge », avec le signe déterminatif de la couronne rouge.
[2]Sénèque (en latin Lucius Annaeus Seneca), né à Cordoue, dans le sud de l'Espagne, entre l'an 4 av. J.-C. et l'an 1 apr. J.-C., mort le 12 avril 65 apr.
[3] Originaire de la Guadeloupe et diplômé de l’Ecole de Publicité de Paris, Jean-Philippe Omotundé a été formé à l’analyse historiographique par l’école Diopienne à Paris. Co-fondateur du site Africamaat.com, il enseigne à l'Institut Africamaat à Paris. Depuis mai 2010, en collaboration avec l’association Menaibuc Caraïbes, il enseigne les Humanités Classiques Africaines Caraïbes à l’Institut Per Ankh (Cf. https://www.lecteurs.com/auteur/jean-philippe-omotunde/3206239).
[4] Ibn Khaldun ~ Al Muqqadima, 1ère Section, 3e Discours Préliminaire.
[5] Révérend Martin Luther King Jr. ~ « Lettre de Paul aux chrétiens américains », prononcé à l’Eglise Baptiste de Dexter Avenue, le 4 Novembre 1956 à Montgomery en Alabama.
[6] RITNER Robert K., Une introduction à la magie dans la religion de l’Egypte antique, p. 101. (Cf. https://journals.openedition.org/asr/794?lang=en).
[7] https://africa.la-croix.com/mali-tolle-autour-dune-video-jugee-blasphematoire-contre-lislam/.
[8] DOUMBI Fakoly, Introduction à la prière Négro-africaine, MenaibucEds, 2005.
[9]https://africa.la-croix.com/quest-ce-que-le-kemitisme/.
[10] https://africa.la-croix.com/quest-ce-que-le-kemitisme/.
[11] https://africa.la-croix.com/quest-ce-que-le-kemitisme/.
[12]https://africa.la-croix.com/quest-ce-que-le-kemitisme/.
[13] https://africa.la-croix.com/quest-ce-que-le-kemitisme/.
[14] https://africa.la-croix.com/quest-ce-que-le-kemitisme/.
[15] https://www.wathi.org/valeurs-africaines/contributions-valeurs-africaines/mensonge-de-necessite-dun-retour-aux-racines-afrique/
[16] https://www.wathi.org/valeurs-africaines/contributions-valeurs-africaines/mensonge-de-necessite-dun-retour-aux-racines-afrique/
[17]https://www.wathi.org/valeurs-africaines/contributions-valeurs-africaines/mensonge-de-necessite-dun-retour-aux-racines-afrique/
[18] https://www.wathi.org/valeurs-africaines/contributions-valeurs-africaines/mensonge-de-necessite-dun-retour-aux-racines-afrique/
[19] https://www.wathi.org/valeurs-africaines/contributions-valeurs-africaines/mensonge-de-necessite-dun-retour-aux-racines-afrique/
[20] https://www.wathi.org/valeurs-africaines/contributions-valeurs-africaines/mensonge-de-necessite-dun-retour-aux-racines-afrique/
[21] https://www.wathi.org/valeurs-africaines/contributions-valeurs-africaines/mensonge-de-necessite-dun-retour-aux-racines-afrique/
[22] Principal attribut d'Hermès, formé d'une baguette surmontée de deux petites ailes, et autour de laquelle s'entrelacent deux serpents. Il est aussi l’emblème des médecins, composé d'une baguette autour de laquelle s'enroule le serpent d'Asclépios et que surmonte un miroir symbolisant la prudence.