Rôle des religions dans promotion et la consolidation de la cohésion sociale

Rôle des religions dans promotion et la consolidation de la cohésion sociale

INTRODUCTION

La religion de son étymologie latine« religio» signifie ce qui attache ou retient, un lien moral, l’inquiétude de conscience. Elle est l’ensemble des croyances, sentiments, dogmes et pratiques qui définissent les rapports de l’être humain avec le sacré ou la divinité et entre les êtres humains dans leur vie et au service de cette divinité ou de ce sacré.

La particularité de chaque religion se manifeste par les éléments spécifiques à une communauté de croyants à savoir les dogmes, les livres sacrés, les rites, les cultes, les sacrements, les prescriptions en matière de morale, les interdits et l’organisation.

Elles ont pour tâche première la formation psychologique et spirituelle des adeptes.Il existe deux grands types de religions dont :

- les religions dites traditionnelles dans lesquelles la communion avec Dieu passe par les ancêtres ;

- les religionsdites révélées notamment le judaïsme, le christianisme et l’islam développés à partir d’une révélation s’appuyant sur l’histoire exemplaire d’un peuple, d’un prophète ou d’un sage qui a enseigné un idéal de vie. La pratique de ces religions est sous-tendue ou accompagnée par des livres sacrés qui apportentun système de vie.

Comment ces religions peuvent-ellescontribuer à la promotion de la cohésion sociale ? C’est à cette interrogation que nous proposons d’apporter quelques réponses en quatre grandes parties.

I. LA RELATION ENTRE LES RELIGIONS ET LA SOCIETE BURKINABE

Le Burkina Faso comme la plupart des pays africains s’est mis en état de fonctionnement dès son indépendance avec la conviction que la laïcité correspondait à une certaine image d’Épinal, garantissant la liberté de croyance et celle des cultes et qu’elle assurerait la paix sociale et la convivialité entre les différents ordres religieux.

Il faut également noter qu’au Burkina Faso comme un peu partout en Afrique les dispositions de la constitution sur la laïcité sont restées une simple stipulation sans être soutenue par une règlementation significative de la primauté de la loi sur les activités issues des cultes ou liées à ces cultes.

De nos jours, la vision laïque de l’Etat a évolué pour s’adapter aux réalités de notre pays en faisant de sorte que l’Etat soit, au moins en théorie, à équidistance entre toutes les confessions religieuses tout en permettant à leurs leaders d’avoir un regard sur la gestion de la chose public en tant que citoyens. Pour ce faire, il est très souvent fait appel aux leaders des faitières soit pour recueillir leur avis sur une situation donnée les concernant ou pour la gestion des crises de toute nature.

II. LES VALEURS DE LA RELIGION

Les valeursde la religionsont des valeurs morales qui fondent l’existence même de cette religion. À l’origine de toute religion, ont été donc établies certaines règles éthiques précises.

1. L’impact de la religion sur l’être humain

- La religion permet à l’humain de s’épanouir en lui dictant la bonne conduite. Les prescriptions et textes religieux enseignent l’adepte sur le bon comportement à adopter en société et le respect des autres et soi-même d’autre part la nécessité de tisser un lien fort avec l’être transcendant dans le but soit d’en tirer profit ici-bas, soit de s’aménager une place de choix dans l’au-delà, soit les deux à la fois.

- La religion est un élément fondamental de la dignité humaine. Pour de nombreux adeptes, elle est beaucoup plus qu’un choix de mode de vie, elle est leur essence propre.

- La religionest le cadre des rites de passage marquant la naissance, le mariage et la mort.

- La religion est l’un des moyens qui permet à l’humain de supporter sa misère et d’encadrer sa joie de sorte que celle-ci n’en vienne pas à être une source de tourments pour.

2. La nécessité de la religion

La religion est d’autant plus nécessaire qu’elleinculque les valeurs relationnelles qui nous aident à être en bonne interaction avec les autres.Ellessont relatives à la charité, la paix, la patience, la bonté, la tolérance, le courage, l’humilité, la compassion et le pardon. Elle peut vraiment rendre meilleur, respectueux, compréhensif, calme, indulgent et permet de connaître la valeur de la vie grâce à l’être transcendant.

En définitive, la religionest une école qui donne un sens au chaos, un hôpital qui guérit les blessures invisibles, une ligne de vie qui nous donne une seconde chance. Le message religieux est, en partie, morale et tolérance et le respect de l’autre y occupent une place importante. Il paraît donc raisonnable de penser que cette promotion de l’amour, relayée par les messages religieux, a eu un effet bénéfique sur l’entente et la cohésion sociale rendant ainsi la religion nécessaire.

III. L’IMPORTANCE DE LA RELIGION POUR LA SOCIETE

Depuis ces dernières années, la religion occupe une place plus importante dans la vie publique burkinabè. Ainsi, son rôle ne se limite plus aux questions relatives au culte privé en famille et en communauté. Cette situation est la conséquence de ses contributions, aux côtés de l’Etat, dans l’accomplissement des missions de service public :la santé, l’éducation, l’agriculture, l’élevage, la préservation de l’environnement…D’autreséléments entrent en ligne de compte dans les nombreusescontributions de la religion à la vie de l’homme et de la société en tant qu’élément connecteur.

- La religion peut enrichir notre compréhension de la nature humaine d’une manière bien au-delàdes conceptions étroites de certains êtres humains. L’enseignement selon lequel il faut aimer son prochaincomme soi-même en est l’une des preuves. En effet, le prochain, c’est toute créature humaine, œuvre de Dieu, quels que soient sa religion, son groupe socio-ethnique, sa région d’origine… Nous avons donc besoin d’une vision plus large de l’être humain qui surmonte les problèmes d’aliénation, d’anomie et d’apathie qui minent le potentiel humain et le privent du sens de la beauté et de l’amour qui semblentessentiel à toute vie authentique et satisfaisante ;

- la solidarité et l’unicité de la famille humaine qui fait face à la fragmentation contemporaine sont des valeurs les plus essentielles de la religion. La grande solidarité de la religion s’étend parfois sur les adeptes de diverses religions et de nationalités différentes (domaines de la santé, de l’humanitaire). Elle offre un fond de croyances communes qui rapprochent les hommes et les femmes d’une manière à la fois plus efficace et plus légitime qu’une appartenance ethnique ou même une appartenance territoriale ;

- La justice qui a toujours été partie intégrante de la religion. En effet, la religion est une source de compréhension et d’exercice de la justice dans la vie personnelle, familiale et collective. Le savoir qui porte sur la façon de vivre notre existence physique, sur les relations humaines et sur l’organisation sociale a presque toujours été associé à la religion.

IV. LA RELIGION FACTEURS DE LA COHESION SOCIALE

La cohésion est un processus à multiples facettes, elle peut être divisée en quatre composantes principales telles que les relations sociales, les relations de travail, l'unité perçue et les émotions. Les membres de groupes fortement cohésifs sont plus enclins à participer et à rester avec le groupe. A cet effet, la religion constitue un vecteur de cohésion sociale dans la mesure où :

- elle favorise la cohésion sociale en guidant l’action des hommes et des femmes et de la communauté et permet d’établir un but commun à l’humanité. Elle apparaît donc comme le médiateur reliant les hommes entre eux par le partage de mêmes croyances et de mêmes conduites. Au-delà de rassembler les hommes, la religion joue un rôle d’éducateur.Les religions sont à même, de par leur force d’incitation morale, de promouvoir la cohésion sociale voire d’instaurer la paix. Les organes et instances religieux ont une influence considérable pour instaurer la paix en prenant sur la morale initiale ;

- elle est un vecteur primordial de la socialisation humaine en ce sens qu’elle fournit un contenu intelligible du monde et de la place de l’homme dans le monde quelle que soit sa forme ;

- elle répond au désir de communion humaine, de fraternité. Les grandes religions ont été les premières à considérer l’universalisme, à dépasser races, peuples, ethnies, familles en élargissant le regard humain. On peut aisément mettre en valeur le lien entre morale et espérance religieuse. Cependant dans ce mouvement d’élargissement des communautés humaines auquel les religions ont contribué, il y a eu de nombreux conflits, des guerres, etc. La constitution de communion humaine de plus en plus universaliste suppose à un moment donné une renonciation au monopole religieux. Il n’y a pas d’amour sans une tolérance religieuse ;

- elle a une dimension structurante de la solidarité. Non seulement la vie familiale est bien souvent irriguée par la dynamique religieuse des relations humaines, mais encore et de manière plus générale, l’Etat et la société civile bénéficie puissamment de l’engagement institutionnel et associatif d’origine religieuse. Au Burkina Faso il existe de nombreuses associations religieuses dont les membres se dévouent au maintien du lien social, générationnel, familial, économique, etc. C’est ainsi qu’on retrouve la singularité de la religion dans le social malgré la diversité religieuse car elle met le commandement d’amour mutuel au cœur de sa propre logique. Les conséquences de cette dynamique altruiste sont d’autant plus remarquables qu’elles s’accompagnent d’une réalité institutionnelle à caractère à la fois local et universel. De sorte que la logique volontariste d’une pastorale d’accueil et de soutien aux nécessiteux, aux malades, aux étrangers et aux autres en général contrebalance parfois la logique structurelle de l’exclusion ;

- elle a pour première mission de faire naître la paix et l’histoire montre qu’elles peuvent cohabiter pacifiquement.Exemple de cohabitation religieuse réussie : dans l’Espagne des VIIIe, IXe, Xe et XIe siècles, vécurent ensemble en Andalousieles conquérants arabes et berbères, une population juive européenne (d’origine slave) et des chrétiens d’origine espagnole (les « Mozarabes »). Sous le règne des musulmans, ils conservèrent leur culte. N’étant soumis à la charia, les chrétiens et les juifs avaient leurs propres lois. Les jours chômés pour tous étaient ceux des trois religions : vendredi, samedi et dimanche. Le mélange des cultures, des langues et des religions eut pour résultante l’épanouissement de toutes les grandes disciplines de l’époque : littérature, architecture, médicine, mathématiques et philosophie.

V. LIEN ENTRE RELIGION ET COHESION SOCIALE

La religion dans sa contribution à la cohésion sociale favorise l’amélioration des techniques nécessaires à l’art de tendre vers la conception communautaire du beau, un progrès des savoir-faire. Elle occupe par conséquent un rôle de développement dans le souci unique de se rapprocher de la perfection divine.

D’autre part, le contenu des écrits religieux révèle des dénominateurs communs en termes de valeurs sociales indispensables au bon-vivre en communauté. Les valeurs sociales ainsi définies comme des droits, des devoirs avec la liberté, l’égalité, le respect mutuel, la fraternité assurent une bonne cohésion sociale.

En effet, la religion favorise la cohésion sociale. Elle guide l'action des humains, d'une communauté. Celle-ci permet aussi d'établir un but commun à l'humanité.

La religion est donc un médiateur reliant les hommes entre eux par le partage de mêmes croyances et de mêmes conduites et construisant fort un lien entre les croyants et l’être suprême.

VI. IMPACTS NEGATIFS DE LA RELIGION SUR LA COHESION SOCIALE

Quand la religion est mal interprétée (par ignorance, à dessein ou par intérêt), elle peut conduire à des dérives qui sont entre autres :

- Le fondamentalisme religieux : il se manifeste par un engagement auprès des doctrines radicales et peu nuancées, généralement religieuses mais aussi séculières ou même antireligieuses ;

- L’extrémisme religieux : attitude intransigeante des adeptes d’une doctrine religieuse qui refusent tout compromis sur les prescriptions que dicte leur doctrine ;

- La radicalisation : processus de façonnement d’un individu le conduisant à adopter une idéologie extrémiste ou de transformation de frustrations individuelles ou collectives en source de colère rendant les concernés réceptifs à des offres de participation à des conflits armés ;

- L’extrémisme violent: disposition mentale à recourir à la violence ou à en soutenir l’usage en étant convaincu que c’est la seule voie pour résoudre les conflits politiques, sociaux ou idéologiques.

VII. SOLUTIONS POSSIBLES POUR RENFORCER LA COHESION SOCIALE A TRAVERS LA RELIGION

La religion est un facteur de cohésion sociale. Pour ce faire, il y a lieu que les leaders religieux soient davantage mis à contribution dans le but de véhiculer des messages de paix, de tolérance et de bon vivre-ensemble lors des prêches, des messes et des campagnes d’évangélisation à l’endroit des fidèles.

En outre, pour que la religion joue pleinement son rôle dans la cohésion sociale, il faut promo>uvoir le dialogue intra et interreligieux ;

De même, la non-interdiction des mariages mixtes peut apporter son pesant de force à la cohésion sociale dans la mesure où les couples issus de deux confessions religieuses distinctes unissent par le mariage des communautés religieuses différentes ;

Par ailleurs, lors des fêtes religieuses les visites rendues par les adeptes d’une communauté religieuse à un voisin d’une autre communauté contribue fortement à la cohésion sociale sont à encourager ;

De plus, les communautés religieuses devront encourager leurs membres à partager une vie en paix. Leurs responsables peuvent jouer naturellement un rôle central. Ils sont en mesure de promouvoir des stratégies de paix inhérentes aux religions et de transmettre des valeurs religieuses encourageant la non-violence ;

Les dynamiques intra religieuses qui semblent, dans bien des cas, poser plus de défis que les relations interreligieuses doivent également être gérées conséquemment ;

D’un autre côté, les leaders religieux doivent traduire dans les faits et auprès des membres de leurs communautés respectives les positions qu’ils affichent officiellement dans le sens de la tolérance religieuse et du dialogue interreligieux.

VIII. POURQUOI AVOIR LE MINISTERE DES AFFAIRES RELIGIEUSES ET COUTUMIERES

La création de ce département répond aux soucis :

- de l’application des dispositions constitutionnelles relatives à la liberté de croyance, de non croyance, d’opinion religieuse, d’exercice de culte et de la libre pratique de la coutume compatible avec le droit positif burkinabé ;

- de l’élaboration, de la mise en œuvre et du suivi d’une loi sur la liberté religieuse ;

- de promouvoir les cadres de concertation entre les différents acteurs religieux et de contribuer à la promotion du dialogue inter et intra religieux ;;

- d’élaborer, mettre en œuvre et suivre la réglementation relative aux inhumations, exhumations et transferts des restes mortels ;

- élaborer et de suivre la mise en œuvre de la règlementation relative à l’implantation des lieux de culte ;

- élaborer et suivre l’application de la règlementation en matière de pompe funèbre et de cimetière en collaboration avec les acteurs concernés ;

- de la coordination et du suivi de l’organisation des Pèlerinages religieux.

CONLUSION

De façon générale, on peut dire que les religions peuvent encourager leurs membres à partager une vie en paix et à se réconcilier. Elles sont en mesure de promouvoir des stratégies de paix qui leur sont inhérentes et de transmettre des valeurs encourageant la non-violence

Issaka SOURWEMA
Ministre des affaires religieuses et coutumières  

 

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